Litteweb : déclaration d’intention,

 

… un site qui aurait pour ambition d’écrire la littérature numérique, répertorier, non pas étiqueter, créer autour de cette adresse : litteweb.net des pages, des articles, des cases, des rayons en somme, cette bibliothèque où nous entreposerions, au fil des jours et des mois, des livres numériques, des adresses renvoyant à des œuvres, qu’importe leur essence ; elles mèneraient nos lecteurs, au grès de nos pérégrinations numériques, vers des créations dont dont l’agencement langagier a fait, en nous, remuer un sentiment, une sensation, souvenir pourquoi pas, imaginaire…

… le web teinté de littérature, espace singulier, le cartographier, faire de nous une entrée distributive, pas de hiérarchie, pas de jugement, surtout pas de classement par nos écrits ; car nos choix en eux-mêmes traduisent un regard,

… par la langue, il s’agira essentiellement de tisser sur les œuvres élues des lignes langagières ; ne pas se cantonner à l’analyse, dissection, retracer notre sentiment, porter un regard narratif et sensitif au sujet de nos lectures, notre métalangage ayant cette visée ; ruisseler une langue particulière, avec ce risque, peut-être, d’encrasser les œuvres, assumé par ce refus simple, celui de constituer un simple catalogue, répertoire sec, alors nous tenterons de tisser ces prémisses, réflexions boiteuses, incomplètes, qu’importe,

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… ce questionnement, LitteWeb.net, un site donc, spécificité, la littérature web, très bien, littérature exclusivement numérique ? exclure quoi ? cette écriture qui s’agence sur papier ? Revenons, un peu, en arrière, existerait-il même une différence ?

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… une ambition, celle de palier, non pas à une certaine discrimination, mais un à un mépris certain, celui d’une littérature qui s’écrirait au travers de ces médias nouveaux, mépris né parfois d’une méconnaissance des œuvres numériques, de tout ce qui se produit, se construit autour de cet espace singulier qui, c’est là notre conviction, ne change absolument rien à la littérature, à son essence, le numérique introduit des changements radicaux dans la distribution des œuvres, de la manière de les commercialiser, ce processus « d’éditorialisation », pourtant si l’on s’intéresse aux œuvre numériques, du côté de leur immanence, il n’y a rien de « radicalement » nouveau à notre sens, c’est d’une technè qu’il s’agit ; internet d’abord, le web puis le numérique, ces contextes ont pu et peuvent encore bousculer, adjoindre de nouvelles manières d’écrire, mais toujours persiste ce travail de la langue, agencement des mots, entremêlement des sonorités ; cette signifiance,

… pour rependre les mots d’un Bernard Stiegler, le web, comme toute technè, est d’abord et avant tout un pharmakon ; de ce médium le pire peut émerger : pensons au travail mené par Amazon (à voir cette vidéo !) depuis quelques années, leur projet essentiel, cette édition sans éditeurs, ce circuit dont nous esquisserons dans un article prochain le fonctionnement de ce circuit  ; un meilleur également peut advenir, pensons simplement aux moyens nécessaires à l’ouverture et à la gestion d’une maison d’édition numérique, ce n’est pas gratuit certes, mais cela est sûrement moins onéreux que l’a création d’une maison d’édition papier, pensons aux coûts abrogés du papier, permettant à des œuvres qui n’auraient jamais eu la chance d’être publiés, d’être portés vers un public, ainsi a-t-on assisté à l’essaimage de maisons nouvelles qui portent, par leur indépendance, des œuvres radicalement engagée sur le plan littéraire, pensons également à certaines revues littéraires, leur qualité, surtout lorsque l’on sait le mépris que l’on peut attacher, particulièrement en France, à la nouvelle,

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… ainsi sur tablette ou smartphone, liseuse ou écran d’ordinateur, papier fin, vélin, ou de ces papiers au grains épais, spongieux, qui absorberait les suintements des matinée brumeuses ; la langue, toujours la langue ; rien que la langue,

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… et pourtant, malgré l’unicité, apparente, évidente, de ces littératures, il nous semble exister et subsister, aujourd’hui, un mépris réel pour tout qui s’élabore et s’agence littérairement sur le web, il est vrai la littérature s’écrivant à coups de pixels n’est encore qu’à son balbutiement, mais tout de même rares se fait la visibilité, la vitrine donnée à cette littérature, lorsque le grand public n’en ignore simplement l’existence, et comment dès lors, pour un public non averti, un homme, une femme qui, en toute bonne foi, voudrait « essayer », tenter de se glisser dans les lignes d’une œuvre numérique, par où commencer par quoi ?

… face à cet afflux, à cette masse de productions, subsistera d’abord la nécessité d’un truchement entre l’auteur et le lecteur et, je reprends les mots d’Olivier Besard-Banquy, cette relation sera d’autant plus essentielle dans l’évolution que connaît la littérature, car «  à moins de s’en tenir au tintamarre de l’« opinion » et de se contenter de la rumeur uniforme qui lui tient lieu de « discours » sur la toile, le lecteur aura tout intérêt à se tourner vers quelque intermédiaire qui saura lui faire entendre autre chose, et mieux, et plus clairement. Devant la pléthore de titres qui encombrent les tables des libraires et qui déferlent dans l’espace virtuel, lequel choisir ? »*

… nous serions dès lors peut-être, nous serions peut-être modestement, des accompagnateurs, lire nos pages les parcourir et de clic en clic, de tapotement d’écran en tapotement d’écran, arriver à la lecture de ces œuvres numériques, notre ambition est là, sûrement pas à notre mesure mais qu’importe,

* Patrick Poirier, Pascal Genêt  http://parcoursnumeriques-pum.ca/la-fonction-editoriale-et-ses-defis)

Article by LitteWeb