Short Editions ou comment donner à l’écriture une fonction

Distributeur_dhistoires

… stupeur, nous n’en savions rien à littéweb, nous découvrons, stupeur,

… il y a quelques temps, lancement, on parlait d’Amazon, cette angoisse, et son rêve d’une édition dénuée d’éditeur, et par Infusion Revue, partage sympathique, nous ne sommes pas là pour juger, il y avait cette demande de soutien, voter pour une certaine…

 

… clic, et découvre Short édition, ou plus exactement short-edition.com, c’est quoi ? qu’on s’interroge, on s’y rend alors, tapotement, barre url, et déjà, dès la première page, c’est cette relation au temps de lecture qui nous intrigue, pas plus de 20 minutes, pourquoi pas plus, c’est dans le nom, Short Edition, par-delà la temporalité elle-même, quel est le type de lecture, ce questionnement, un temps, ce temps de la lecture est-il le même pour déchiffrer une notice d’emploi, un poème, un roman,

 

 

 

Fonctionnalité Littéraire,

… et tout en bas, quoi ? une sorte de moteur de recherche, nommé ludiquement, cet effroi, moteur d’envie,

 

… on combine ces « désirs », peut-être faudrait-il plutôt parler de pulsion, on affiche de combien de temps l’on dispose, de 2 minutes à… 20 minutes, vous commencez à saisir la limite, enfin formuler un souhait, au choix, « vibrer de passion » (sic), « découvrir des instants de vie », « rire sourire », « plonger dans la mélancolie », « frissonner », « s’évader de la réalité »… de ces catégories renvoyant à des mythologies littéraires, ne peut-on s’évader de la réalité en découvrant des instants de vie, ou frissonner en souriant, ou alors frissonner en découvrant des instants de vie, un peu comme nous découvrant Short Edition,

… on poursuit notre exploration, barre de défilement qui descends, ils les soutiennent qui ? une ribambelle d’écrivains, mise en valeur bibliographique, mais surtout, surtout, les prix, en gras, faut voir les prix de ceux qui le soutiennent, un nom retient notre attention, Pierre Jourde (que nous affectionnons tout particulièrment ici) que fait-il là ?

… mais il y a surtout dans Short Editions, cette idée, redondante, littérature utilitaire, ils ont même inventé, Distributeur d’histoires courtes qu’ils appellent ça… des boutons (1e à 5 minutes) on tape et t’as un tout chti papier que vomit la borne, bref, voyez le résultat,

 

 

 

Ce discours assez singulier. Littérature. Utile. Servant à faire patienter son client. La lecture dès lors dispose d’un but, comme nous l’avons vue dans le moteur des envies, tout est motivé. Short Edition, logique marchande du dessin (Bande Dessinée), de l’écriture, cette fonction de la lecture toujours esquissée, fonction étroitement liée à une temporalité,

 

 

Le panel Consommateur/Lecteur

 

… mais revenons en à ce soutient que demandait, sympathiquement, Infusion Revue, c’est que  dans Short Edition, se tisse, progressif, cette idée du concours littéraire permanent, c’est aux lecteurs abonnés de voter, c’est à la majorité, sorte de démocratie, de dire ce qui est bien, populaire ce qui fonctionne, pourtant, si on lit bien, si on lit mieux, se dessine, un comité éditorial qui épaule les abonnés votant, c’est quoi ce comité, de qui est-il constitué ? alors on tape, comité éditorial short editions, startpage (oui, pas de google chez nous !), clique :

 

 

… ça revient à peu près à la même chose pas vrai ? le comité éditorial étant donc constitué d’internautes et de lecteurs abonnés, car là est la pierre angulaire de ce type de structure, l’abonnement, toujours s’abonner, nous retrouvons encore une fois, ce système de la fragmentation (coucou Uber, Dileveroo et les autres) comment une plate-forme tire profit du Brouhaha décrit par Lionel Ruffel, cette horizontalité si singulière du Web pour reconstruire de la verticalité, de la hiérarchie,  celle des éditeurs commerciaux, ne publiant que les livres dont ils sont certains du succès immédiat, dédaignant les autres, l’oeuvre dont le public est à venir, se dessine une hyperbole de l’éditeur commercial ne visant qu’à mettre en avant des livres dont la vente, à court terme est assurée, le système Short Edition n’en est que le prolongement naturel, voie empruntée depuis quelques années l’éditeur Léo Scheer, à travers la plate-forme m@n, (gratuite, payante, redevenue gratuite) où s’esquisse une sorte de panel de consommateurs, on teste les écritures comme l’on ferait d’un fromage, d’une boisson, un pas au-delà de l’édition commerciale, le test d’abord en acte, en web du succès commercial, celui d’un public déjà-là,jamais à venir,

… « … est une œuvre l’oeuvre qui ouvre sa forme-sens, sa forme histoire, sur un lecteur toujours nouveau… » pour saisir cette notion du lecteur nouveau, nous userons du travail de Pierre Bourdieu, esquissé dans les Règles de l’art,  ou à travers le graphique ci-dessous, le sociologue analyse les ventes de trois ouvrages, chez Minuit, le A étant un ouvrage couronné d’un prix littéraire, le B, La Jalousie, roman de Robbe-Grillet, et le C, une certaine pièce, En attendant Godot, nous y remarquons, comme l’œuvre créé son public, tandis que l’autre, dont le public existait dès sa sortie,

Les règles de l’art, Pierre Bourdieu, Le Seuil, 1992

… nous voyons dès la deuxième année une chute progressive des ventes (figure A), ne cesssant de dégringoler, progressivement les courbes se croisent. Pour assister à des ventes majeurs du côté de En Attendant Godot et La Jalousie qui au fil, des années a constitué son public, un public  qui s’est constitué au fil des ans.

… ainsi avons-nous réussi, cette prouesse, tomber sur un pire littéraire, porté par le groupe Drahi (l’Express étant dans le capital de Short Editions) notamment, Butagaz aussi (pour la blague), sous les atours d’un objet ludique, qui promeut la littérature pour tous, (soutenu par le ministère des affaires étrangères) créateur de lecture, nous y retrouvons une vue de l’écriture des plus crasses, celle d’une lecture seulement utilitaire ; divertissement,

                                                                                                                                                             LitteWeb

 

Article by LitteWeb